Interview : Salvatore Adamo transporte le public lors de son concert à Madrid

Salvatore Adamo lors de son concert au Théâtre Nuevo Apolo à Madrid. Crédit : I.L.

Hier soir, mardi 3 mars 2020, le chanteur italo-belge Salvatore Adamo né en Sicile, donnait un concert au théâtre Nuevo Apolo de la capitale espagnole devant près de 1200 spectateurs admiratifs et enthousiastes, bercés depuis plus de 50 ans par ses chansons qui ont fait le tour du mondeNous avons assisté à son concert et profité de sa venue pour l’interviewer en huit questions.

L’artiste polyglotte aux 56 albums et 21 singles enregistrés en français, en italien, en espagnol, en allemand ou encore en japonais et aux 100 millions de disques vendus (d’après les chiffres d’Universal), a livré 2h30 de show non-stop à son public.

 Salvatore Adamo a ainsi oscillé pendant la soirée entre de nombreuses chansons en français comme Inch’allah, très engagée sortie en 1967 et toujours d’actualité, Un petit caillou gris rose (1971) qui fut particulièrement applaudie et chantée pour la première fois à Madrid, Je voudrais mourir dans tes bras… Des boleros comme Es mi vida ou encore La noche, et Mi grande Noche, très attendues par le public.

Au cours de la soirée, Salvatore Adamo a aussi évoqué Martin Luther King et Nelson Mandela à travers la chanson Un sueño. Il s’agit d’une adaptation en espagnol par Nilda Fernández, chanteur franco-espagnol qui avait connu un grand succès dans les années 90 avec la chanson Nos fiançailles. Nilda Fernández est décédé le 19 mai 2019 et Salvatore a tenu à lui rendre hommage en interprétant son titre, accompagné seulement d’une guitare, un pur moment d’émotion sur scène.

Le concert fut également ponctué de bouquet de fleurs, de lettres et de cadeaux offerts au chanteur italo-belge par ses fans. On comprend mieux lorsque Salvatore Adamo parle de communion avec le public lorsqu’il se rend en Espagne.

Salvatore Adamo, interview d’un artiste entier et passionné

Treiz’Hebdo : Comment expliquez-vous le succès de vos chansons encore aujourd’hui et ses 100 millions de disques vendus ? Quel est votre secret de réussite ?

Salvatore Adamo : je n’ai pas fait attention aux ventes de disques, mon entourage me l’a dit. Mais c’est vrai que cela fait une jolie moyenne sur 55 ans de travail. Je prends encore aujourd’hui, toujours autant de plaisir à écrire et à chanter.

Concernant le secret de ma réussite c’est difficile de répondre. Parce qu’il me semble que si on comprend pourquoi on a du succès en tant qu’artiste, on aurait tendance à faire des choses uniquement pour aller dans ce sens-là et on perdrait notre authenticité. Je prends les choses comme elles viennent dans la vie, j’essaye d’être honnête et authentique avec le public. Dans mon cas, la chance a beaucoup joué, les rencontres aussi, surtout à mes débuts et j’ai fait en sorte d’en être digne mais c’est le public qui vous porte et vous pousse à continuer, c’est lui qui décide.

 Comment vous préparez-vous avant un concert ? 

J’arrive la veille dans la ville comme je l’ai fait pour ce concert à Madrid, le lendemain il y a une répétition que l’on appelle une balance puis je me repasse les textes dans ma loge de nombreuses fois. En fait, quand je suis dans la préparation d’un concert je suis presque inabordable, on ne peut pas vraiment me parler car je suis dans mon monde, ailleurs. C’est un privilège énorme de me retrouver devant tout ce public, le plaisir est toujours là et c’est le moteur.

Comment vous est venue cette passion pour les chansons romantiques, d’amour et les boleros ? 

«La musique est entrée en moi par les pores de la peau et n’en est jamais ressortie.»

Cela vient de mon enfance, mon père aimait beaucoup la musique italienne et napolitaine, j’en entendais tous les jours. Je fredonnais ces chansons petit sans penser que je pourrais en vivre. Mon rêve quand j’étais garçon était d’être footballeur, comme un hobby et j’aurais probablement été professeur de langues pour gagner ma vie. Mais la musique est entrée en moi par les pores de la peau et n’en est jamais ressortie. Je me réveille la nuit plusieurs fois car des musiques me passent par la tête en rêve, alors je les enregistre sur mon dictaphone.

Vous écrivez, composez et chantez vos chansons en espagnol, « mis manos en tu centura »  en français « tombe la neige » et en italien « la mia vita »… Peu d’artistes ont cette capacité à manier plusieurs langues dans la chanson. Comment faites-vous ? 

Je chante aussi en allemand, en japonais et en néerlandais… J’ai la chance de parler plusieurs langues. Dans chaque pays, j’essaye de m’intéresser à la culture. A mes débuts, par politesse, j’ai commencé à chanter une chanson dans la langue du pays où je faisais mon concert, puis j’ai commencé à enregistrer dans ces différentes langues et les disques se sont vendus petit petit dans chaque pays et dans leur langue. Je pense que cette qualité tient à la musique de langue qui me touche particulièrement. Mais c’est assez difficile il faut l’avouer car le travail est multiplié par le nombre de langues chantées et qui sont enregistrées sur les albums.

Que pensez-vous de la musique d’aujourd’hui ? Quel est votre style préféré ? 

Je l’aime beaucoup, j’ai des enfants et petits enfants qui me l’a font écouter. Et plutôt que de regarder la télévision, je vais sur des sites de musique en streaming et j’écoute les chansons d’aujourd’hui. Je découvre plein de choses, il y a toujours de la bonne musique chez les jeunes. J’adore Patrick Watson, Ed Sheraan ou encore Matt Simons…

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui débute dans la musique ? 

Rester soi-même, ne pas se laisser emprisonner par les modes, être patient et ne pas lâcher son rêve. Aujourd’hui je pense que lorsqu’on a du talent, on arrive à le faire savoir : grâce à internet, aux vidéos, à son entourage. Il faut juste trouver le bon média, le bon support. Les concours de chansons sont très intéressants, même s’ils ont aussi quelques inconvénients comme le fait d’être sous les projecteurs pendant quelques mois puis de retourner dans l’anonymat pour beaucoup de candidats. Ce n’est pas forcément simple à gérer mais il y en a qui s’en sortent.

Qu’aimez-vous, au-delà des concerts enivrants, de ces tournées à travers le monde tous les ans ? 

Quand on m’en laisse le temps après les concerts, j’aime bien découvrir la ville, aller là où il y a de la vie, parcourir les petites ruelles populaires. Je me laisse aussi guider par l’histoire du pays, je vais voir les sites symboliques. J’aime énormément le contact avec les gens, et j’essaye de faire au moins une réunion avec les amis que j’ai sur place et m’émeuvent et me bouleversent par leur fidélité.

Qu’est-ce qui vous enchante le plus quand vous venez en Espagne ? 

La réaction du public qui est tellement chaleureuse et accueillante. Parfois je me mets à la guitare et le public chante mot pour mot les paroles de mes chansons dont je suis surpris qu’ils les connaissent parce qu’il y a pas mal de jeunes et que la plupart des titres sont sortis dans les années 60. Et cela m’émeut énormément.

Salvatore Adamo se produira bientôt en France et en Belgique au mois de mai, ensuite il y aura le Québec en octobre, le Japon en novembre et le Chili en 2021

Par Isabelle Levame

Un grand merci à tous celles et ceux qui ont rendu cette interview possible.

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