Interview mode : Paulita Errázuriz, une styliste chilienne consciente et libérée

La créatrice de mode chilienne Paulita Errázuriz

Paulita Errázuriz est chilienne, née à Santiago de Chili où elle habite actuellement. A 27 ans, elle possède sa propre marque de vêtements qui porte son nom et a déjà parcouru le monde – elle aime à la fois les grandes villes et les îles, plus sauvages – pour ses études et son travail dédiés la création de vêtements haute couture ou le prêt-à-porter de luxe. Très imaginative et consciente de l’évolution de l’environnement, Paulita aimerait adopter sur le long terme une mode 100% recyclable et recyclée, ce vers quoi elle tend aujourd’hui… Nous l’avons interviewée (interview en espanol puis traduite en français) afin d’en savoir plus sur son parcours et ses inspirations...

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Comment vous est venue l’idée de travailler dans la mode ? 

Depuis petite, j’ai toujours été fascinée par les vêtements et les déguisements. Ce que j’aimais c’est transformer la matière, la découper… En grandissant, les études dans la mode se sont imposées d’elles-mêmes. J’ai d’abord commencé pendant deux ans un cursus au Chili mais je me suis rapidement rendue compte que les possibilités étaient assez réduites et j’avais envie de voyager. J’ai étudié le stylisme (fashion design) à Central Saint Martin’s School à Londres puis à l’institut européen du design à Barcelone (IED).

Peut-on dire que vos créations sont haute couture ?

Oui, tout à fait. La plupart de mes créations sont uniques, faites sur mesure, et j’utilise beaucoup de matières naturelles, délicates : la soie, le coton (pour les vestes en jean), la fibre de bambou également, peu connue et pourtant douce pour la peau et donc très agréable à porter. Je réponds à beaucoup de demandes de la société aisée chilienne et parfois internationale pour des galas ou des avant-premières. Ma cheffe d’atelier est d’une aide précieuse, elle m’apporte tous les jours son expérience.

J’ai également développé pour ma marque une ligne plus orientée vers le prêt-à-porter haut de gamme (ndlr : compter 100 dollars pour un top environ, 200 dollars pour un jean et plus de 500 dollars pour un manteau).

Comment expliquez-vous vos inspirations très colorées, mélange casual/chic, venant à la fois des grandes villes et des îles comme Saint Barth, Ibiza et Santorini ? Vous inspirez-vous aussi du Chili ?

Londres et Barcelone furent mes premières sources d’inspiration pendant mes études. J’aime aussi beaucoup Berlin, berceau de l’art contemporain. Et pendant les vacances, je vais souvent à Saint Barth, Ibiza et Santorini. Ce que j’adore à Ibiza et Saint Barth, c’est le paradoxe entre la jet set, la vie festive et de l’autre côté de ces îles l’aspect sauvage, très hippie et plus naturel.

Pour le moment, mes créations sont très occidentales, européennes avec une touche indie (avec des motifs tribaux), je n’ai encore rien tenté de mes origines chiliennes. Je suis revenue m’installer il y a peu de temps à Santiago (du Chili, la capitale), j’aimerais sortir une collection plus locale. Il faut que je trouve la bonne manière de le faire mais j’y pense…

Que pensez-vous de la mode durable ?

Il me semble que les gens sont de plus en plus conscients de l’impact nocif de l’industrie à grande échelle sur notre planète. La mode est également une très grande consommatrice de ressources… Et c’est difficile de faire marche arrière. En tant que créatrice, je suis consciente qu’il faut faire des efforts et engager un mouvement plus responsable. Sur le long terme, j’aimerais réussir à créer de la mode 100% durable grâce par exemple, à l’upcycling (créer un nouveau vêtement à partir d’un ancien ensemble), le recycling ou encore les teintures totalement naturelles.

Note de la rédaction : nous vous conseillons de lire cet article sur un projet mis en place par le centre d’investigation de l’IED afin de repenser la mode ou encore celui-ci pour en savoir plus sur ce qu’est la mode consciente et comment les grandes firmes tentent de s’y mettre elles aussi.

Comment cette conscience de l’environnement se reflète-t-elle concrètement dans vos créations ?

En créant ma propre marque, j’ai choisi de ne pas travailler pour les grandes firmes de la mode du prêt-à-porter. Je travaille à la demande, et la plupart de mes pièces sont uniques ce qui évite d’entrer dans un processus de surconsommation. Toujours dans un objectif de gestion raisonnable, ma marque dispose de trois ateliers à Barcelone :

  • Le premier où l’on stocke les tissus, les matières, le textile et où ils sont découpés sur mesure
  • Le second où l’on crée les vêtements et on les coud. C’est également dans cet atelier qu’ont lieu les essayages.
  • Et enfin le troisième atelier permet de garder tout le stock d’excédents de tissus et de matières que nous n’avons pas utilisé.

Vos clients vous demandent-ils d’où proviennent vos matières, si elles permettent de préserver l’environnement ?

Pas vraiment, les clients sont plus préoccupés par le résultat final de la création que par le processus qui permet d’y arriver… En revanche, ils regardent beaucoup si les matières sont 100% naturelles, pour eux c’est très important. Je crois que c’est plutôt positif, car ils prennent conscience que la nature est bonne pour eux, et si elle est bonne pour l’homme c’est qu’il faut la préserver…

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui vient de commencer dans la mode ?

D’être différent des autres tout en restant soi-même, être conscient de l’impact de la mode sur l’environnement et de tout le travail nécessaire derrière une création, donc de toutes les personnes impliquées. Dans les grandes industries du textile, le travail de chacun(e) n’est pas suffisamment valorisé, il faudrait commencer par traiter ces personnes à leur juste valeur et les payer correctement…

Les créations de Paulita Errázuriz vous plaisent ? Rendez-vous sur son site internet pour découvrir toutes ses collections ainsi que sa boutique en ligne.

Par Isabelle Levame

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