Développement durable : Rejoindre le programme de recherches Re-FREAM pour repenser la mode

Crédit : Re-Fream

A la veille du commencement de la Mercedes-Benz Fashion Week de Madrid 2020 (du 28 janvier au 2 février), l’Institut européen du design (IED) de Madrid recevait la conférence à mi-parcours du premier round de Re-Fream. Ce projet ambitieux porté par le centre de recherches et d’investigations (REC) de l’IED met un budget à disposition de ses participants et a pour objectif de…

repenser la fabrication de la mode et du design. Re-Fream réunit à la fois des scientifiques et ingénieurs, des chercheurs et des artistes (une dizaine en tout). Explications. A noter que de courts passages sont traduits en anglais, ceux-ci sont soulignés dans l’article.

English speakers: for those who don’t speak French, I translated some excerpts and quotes of the article. Those excerpts are underlined.

Re-Fream is a research program responding, through a new way of thinking design and fashion, to the environmental issues of today and tomorrow. You can apply to be part of this program.

Vous parlez couramment anglais et vous êtes une personne ingénieur, styliste, designer ou un(e) architecte passionné(e) par la mode, le design et l’innovation mais aussi concerné par les causes environnementales avec un projet établi ? Vous pouvez postuler à la prochaine session Re-Fream, pour cela rendez-vous du 1er juillet au 30 septembre 2020 pour présenter votre projet innovant. Il ne s’agit pas d’une formation mais bel et bien d’un projet de recherches avec un budget à disposition. Plus d’informations directement sur le site internet de Re-Fream.

A cette occasion nous avons pu rencontrer les participants de ce premier groupe (sélectionnés au sein du programme Re-Fream pour neuf mois) et leur poser des questions sur leur domaine de spécialisation : l’impression 3D, l’ingénierie, la teinture éco-durable, l’automatisation ainsi que l’intégration de l’ingénierie et de l’électronique sur des vêtements…

Petite note sur le mot Fream : il s’agit d’un terme inventé dans les années 50 par un groupe de personnes qui décidèrent de se rebeller contre les normes établies. « Fream » au sens génie fut ensuite réutilisé une quarantaine d’années plus tard, en 1997, par Steve Jobs dans une publicité pour ses ordinateurs.

Lors de la conférence Re-Fream à l’IED Madrid. Crédit : Aitor Baigorri (IG : @aitorbaigorri)

Re-fream : trouver les architectes de la mode du futur

Julia Körner est autrichienne et architecte de formation, elle travaille entre Salzbourg, authentique ville autrichienne aux prairies vertes et Los Angeles, cité du septième art aux Etats-Unis, où elle enseigne l’architecture et le design urbain à l’université UCLA. Entre deux avions, elle se pose afin de concevoir ses pièces à l’aide des technologies de pointe qui s’adaptent peu à peu au stylisme (peu à peu car ce n’est pas si simple comme on va le voir ci-dessous).

La créativité, l’impression 3D et les algorithmes au coeur du processus de réflexion Re-Fream

La spécialité de Julia Körner ? Limpression 3D qu’elle manie avec savoir faire et précaution sur le textile et les matières depuis dix ans. Ses créations imaginées par des stylistes : robes et costumes à reliefs et/ ou des reflets ont été portés notamment par les personnages de productions des studios Marvel et Disney. A Paris, elle a aussi travaillé aux côtés de la styliste néerlandaise Iris Van Herpen, connue pour ses silhouettes monochromes ou bicolores aux allures futuristes.

Pour le programme Re-Fream, Julia s’est jointe à la société israëlo-américaine Stratasys (partenaire du navire Re-Fream) spécialisée dans les imprimantes 3D.

« L’idée était de reproduire sur un vêtement les mouvements des ailes d’un papillon (voir la photo ci-dessous), tous les petits points que l’on distingue bougent de manière fluide et sont en relief. Nous avons d’abord imaginé le patron sur ordinateur avec Stratasys puis nous avons continué les étapes grâce à l’impression 3D » précise l’architecte.

Julia Körner, architect: “The idea was to reproduce on a garment the movements of a butterfly’s wings. All the small dots that we distinguish are in relief and move fluidly which gives the impression that the cloth is alive…” 

Vous pourrez découvrir le reste de son travail sur son site internet JK Design.

Le plus gros enjeu pour ces architectes du futur est de pouvoir combiner la matière textile naturelle (coton, soie, laine etc) ou synthétique (polyester, viscose, élasthane…) au relief que produit l’impression en 3D. Fluidité, souplesse, douceur, mouvements, et hypoallergénique sont les maîtres mots d’une bonne composition. En effet, ces vêtements doivent pouvoir être portés par des personnes et pas uniquement exposés. Autrement dit, il faut que ces derniers soient suffisamment confortables pour ne pas être seulement des oeuvres uniques. Et le défi ne s’arrête pas là.

Le design et l’électronique dans l’intimité féminine ?

A l’heure où la sexualité et l’intimité féminine (masturbation, règles, endométriose, infections etc…) commencent peu à peu à trouver une oreille attentive auprès de la presse et du grand public, d’autres spécialistes s’intéressent également au sujet. C’est le cas de l’italienne Giulia Tomasello, diplômée en design. Elle a choisi de développer avec Re-Fream son concept destiné aux femmes : une puce intégrée dans une petite culotte de sous vêtement afin de mesurer le Ph des sécrétions intimes et la nature des bactéries présentes (certaines étant très bonnes, d’autres moins pour la flore vaginale) et de déterminer le diagnostique en cas d’infections. Découvrez la suite de son travail sur son site internet gitomasello.

Re-Fream : répondre aux problématiques environnementales de demain grâce au design

Le plastique, d’après Guillaume Clément, ingénieur plasturgiste (formation à l’Insa de Strasbourg) au sein de la société Haratech en Autriche, partenaire technique du programme Re-Fream, semble être la matière la plus facilement utilisable car modelable.

« Ce qui est génial avec Re-Fream c’est qu’on peut rencontrer des artistes, des stylistes, sortir de sa zone de confort, mettre en commun nos expertises tout en prenant le temps de réfléchir aux meilleures solutions pour le design. J’ai par exemple appris à regarder de manière très précise le détail de la composition d’un tissu : car l’application de nouvelles technologies et notamment de l’électronique ne se fait pas de la même manière selon la nature de la matière… » nous explique Guillaume.

For Guillaume Clément, plastics engineer at Haratech (an austrian company), one of the technical partners at Re-Fream: “The great thing about Re-Fream is that during nine months you meet artists, stylists, engineers with different backgrounds and therefore you get out of your comfort zone. We pool together our expertise while taking the time to think about the best solutions for design.”

Mais il rappelle que d’autres matières existent (le métal, et en particulier l’aluminium…) et que l’une des questions fondamentales auxquelles tous font face est de savoir lesquelles peuvent utilisées, selon si elles sont recyclable ou non afin de répondre aux problématiques environnementales de demain.

Michael and Viktor, ingénieurs et co-fondateurs de l’entreprise autrichienne Yokai (qui travaille actuellement sur un projet de machine automatisée) précisent que la recherche et l’innovation font partie du processus pour recréer un monde de production, plus responsable et ainsi lutter contre la surproduction, la surconsommation et la pollution.

Les deux jeunes hommes eux, s’occupent de la partie immergée du design : la création et la gestion des algorithmes sur ordinateur, permettant à un robot (machine à coudre, imprimante 3D) d’effectuer les tâches dont le résultat sera la réalisation concrète d’un patron. « Nous nous situons dans les coulisses du design. Notre objectif, sur le moyen/long terme étant de parvenir à créer un robot/humain capable de fabriquer des vêtements customisables en grand nombre tout en restant à échelle humaine (sans surproduction)« , précisent les deux co-fondateurs.

For Michael et Viktor, co-founders at Yokai Studios at also members of Re-Fream crew: “ We are in the background of the design, programming algorithms. On the long term, we would like to create a robot capable of manufacturing customizable clothes in large numbers, but still in human scales to avoid overproduction.” 

Viktor (au premier plan) et Michael. Crédit : Yokai

L’impression 3D née aux début des années 2000 fait partie des gros challenges de demain car son utilisation demeure encore peu connue du public, et pourtant particulièrement chérie par les artistes car elle demande une maîtrise non négligeable entre création et technique et conception.

Des multinationales commencent déjà à utiliser l’impression 3D comme L’Oréal pour les brosses de certains de ses mascaras. A noter que chaque année, l’entreprise française de la famille Bettencourt dépense un budget colossal en recherches et innovations : par exemple en 2016, elle avait déboursé 850 millions d’euros, soit 3,3% de son chiffre d’affaires. L’impression commence aussi à être utilisée dans l’aéronautique et l’industrie automobile.

Re-Fream : la teinture textile écologique pour consommer (beaucoup) moins d’eau

Un autre challenge d’envergure dans la mode et le design est l’utilisation de teintures moins agressives pour la nature et utilisent moins d’eau.

C’est l’objectif que s’est fixé l’entreprise espagnole Care Applications (autre entreprise participante de Re-Fream) : ses machines, désormais au nombre de 80 dans 13 pays, parviennent à sauver 3000 litres d’eau pour 100kg de textiles teints. En un jour environ 800 kilos de tissus peuvent être teints (24 000 litres d’eau en moins utilisés). Ces nouvelles machines permettent ainsi de consommer environ 8 000 000 de litres de moins d’eau que les systèmes de teinture actuellement utilisés dans l’industrie du textile.

The Spanish company Care applications allows using 8 million liters less water than the dyeing systems currently used in the textile industry.

« Il a fallu passer par de nombreuses étapes avant de parvenir à une excellente maîtrise de ces machines afin qu’elles soient meilleures pour l’environnement tout en restant performantes. Et donc que l’on puisse travailler avec de grosses quantités ». Précise Belén Hinojosa, responsable de projets et de la communication chez Care Applicacions.

Toutes ces compétences variées peuvent donc être mise en commun à travers le projet Re-Fream et le budget mis à disposition pour la recherche. Si vous souhaitez postuler à la prochaine session Re-Fream, rendez-vous du 1er juillet au 30 septembre 2020 pour présenter votre projet innovant. Plus d’informations directement sur le site internet de Re-Fream.

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