Madrid : Le Palacio de Liria, résidence privée se dévoile subtilement au public

Crédit : I.L

Au milieu des constructions urbaines et modernes madrilènes, le vaste Palacio de Liria (3500 mètres carrés habitables) de la maison d’Albe se niche au sein d’un écrin de verdure. Cette demeure abrite près de 250 ans d’histoire depuis son inauguration en 1770 par Jacques, duc de Berwick James Fitz-James Stuart, une incroyable collection d’art et une partie des descendants de cette famille y réside toujours. Depuis le 19 septembre dernier, le palais a ouvert ses portes au public grâce aux initiatives de la Fondation Casa de Alba. Nous avons ainsi pu visiter hier une quinzaine de ces salles emblématiques…

Le ciel est d’un bleu radieux. A la fin de la visite qui a duré un peu plus d’une heure, je demande innocemment à celui qui nous a guidé pendant la visite si il est possible d’aller voir les jardins situés à l’arrière de la demeure. Malheureusement l’homme me répond à voix basse que c’est impossible : cette partie reste pour l’instant privée. Carlos Fitz-James Stuart y Martínez de Irujo, 19ème duc d’Albe de Tormes aime s’y promener le matin. Il ajoute qu’à 14h, lorsque les visites du public s’achèvent, la salle à manger est évacuée afin de permettre aux membres de la famille d’y déjeuner.

La prise de photos (avec ou sans flash) est interdite pendant la visite, seuls sont autorisés quelques clichés de la façade depuis le jardin principal. Afin d’avoir une idée de l’intérieur, vous pouvez jeter un coup d’oeil à cet article du quotidien espagnol El Pais. Les pièces ouvertes que l’on découvre sont de multiples salons, des salles de fêtes ou encore quelques bureaux décorés par les ducs d’Albe selon les styles d’époque.

La famille d’Albe, une longue lignée et un amour de l’art

La visite nous apprend les grandes lignes de l’histoire de la famille d’Albe. Sa formation remonte au XVème siècle avec la lignée Alvarez de Toledo. Puis celle-ci s’éteint en 1802, l’ultime descendante n’ayant pas d’enfants. Elle donne son titre à son neveu, Carlos Miguel Fitz-James Stuart, espagnol mais fils d’un anglais et descendant de la dynastie des Stuart.

Parmi les pièces les plus marquantes, on retiendra la salle de bal aux couleurs rosées. Celles-ci est décorée des portraits complets d’Eugénie de Montijo et Napoléon III se faisant face. Eugénie de Montijo connut le Palacio de Liria lorsque sa soeur aînée se maria avec le duc d’Albe, Jacobo Fitz -James Stuart et le second empereur français fit la connaissance d’Eugénie dont il tomba très amoureux.

Palacio de Liria habité depuis toujours par les peintures de El Greco, Velasquez, Rubens, Ingres

Les tableaux qui ornent les mûrs : en majorité des portraits de divers formats représentant des scènes religieuses et les divers membres qui ont vécu ou vivent encore dans cette propriété, ont été peints par les grands artistes espagnols, italiens, flamands et français du XVIII et XIXème siècle : El Greco, Goya, Velasquez, Rembrandt, Rubens, Ingres, Vecchio, Titien, Furini…

On découvre aussi des des tapisseries grand format, des meubles néoclassiques et datant du second empires entre autres, des sculptures en bronze et en pierre pour des personnages mythologiques comme la Vénus.

Le Palacio de Liria, la guerre civile et les personnalités internationales

Alors qu’en 1936 surgit la guerre civile en Espagne qui laissera place au régime de Franco pendant 36 ans (jusqu’à sa mort), le Palacio de Liria est ravagé par un violent incendie. Les quatre ailes de l’édifice s’en sortent indemnes, les oeuvres d’art réfugiées au Prado et à la banque d’Espagne sont sauvées mais une grande partie de l’intérieur des pièces est ravagée. Une vaste reconstruction se met alors en place de 1948 à 1956 par la famille d’Alba. Pour la petite anecdote et comme pour célébrer sa renaissance, en 1959, le palais de la maison d’Albe a accueilli les défilés de Christian Dior et Yves Saint Laurent.

Plusieurs personnalités des époques multiples traversées par le Palacio de Liria ont foulé ses sols, parmi eux : Oscar Wilde, le compositeur Igor Stravinsky, le philosophe espagnol Ortega y Gasset, Charlie Chaplin, Audrey Hepburn, Sofia Lauren, Winston Churchill et plus récemment les américains Richard Gere et Bruce Springsteen.

Pendant la visite, on comprend tout de suite que la famille d’Alba a consacré sa vie depuis son apparition au XVème siècle aux plus hauts postes espagnols d’Etat : vice-rois, conseillers, ministres ambassadeurs… Et au mécénat. Leur collection d’art privée représentent de nos jours une des plus importantes au monde.

La Fundación Casa de Alba et le Palacio de Liria

La duchesse Cayetana Fitz-James Stuart y de Silva, ayant disposé du plus grand nombre de titres de noblesse selon le Livre Guinness des records, disparait en 2014. Elle laisse derrière elle la Fundación Casa de Alba (Fondation Maison de Alba en français) dont le but est de protéger le patrimoine culturel en Espagne et bien sûr, le patrimoine construit par sa famille de siècle en siècle.

L’une des autres propriétés notables de la famille d’Alba est le Palacio de las Dueñas à Séville dont seuls les jardins et la cour intérieure sont visibles par les visiteurs. En 2016, le palais avait exceptionnellement ouvert ses portes au public, peut-être qu’une telle démarche se renouvellera avec les démarches du Palacio de Liria…

Comment visiter le Palacio de Liria ?

Le Palacio de Liria peut se visiter en achetant les entrées en ligne à partir de 1€ (et 15€ pour les adultes) du lundi au dimanche, pensez à vérifier les horaires. Et tous les lundis 50 tickets gratuits sont distribués pour une visite privée en petit comité le lundi suivant, plus d’informations sur leur site.

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